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Home > Actualités > Carte blanche parue le 29/10 dans Le Soir

Carte blanche parue le 29/10 dans Le Soir

Copenhague : c’est maintenant qu’il faut faire preuve de leadership

jeudi 29 octobre 2009, 09:24 Un collectif d’organisations rassemblées sous la coupole de la Coalition Climat (1)

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Quand les ministres européens de l’Environnement se contentent d’un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui ne réponde pas aux avertissements des scientifiques… Quand les ministres des Finances se montrent incapables d’avancer les fonds pour soutenir les pays du Sud dans l’adaptation aux conséquences du réchauffement climatique… Quand la Commission est prête à faire payer la majorité de la note climatique à ces mêmes pays du Sud… Quand l’Union européenne se montre tentée de rouvrir la boîte de Pandore que représente le texte du protocole de Kyoto, fruit de dix années d’ardues négociations internationales… Quand certaines voix européennes laissent entendre qu’il n’y aura pas d’accord légalement contraignant à Copenhague… Nous, représentants de la société civile, rassemblés sous la coupole de la Coalition climat, voulons tirer la sonnette d’alarme et appelons les chefs d’Etats européens à prendre leurs responsabilités.

Car il n’est pas trop tard, mais il est temps : ces jeudi et vendredi, les chefs d’Etats européens se rassemblent pour un sommet de préparation de Copenhague, lors duquel l’Europe doit montrer sa volonté de prendre le problème climatique à bras-le-corps. En reprenant sa place de leader des Etats industrialisés dans la lutte contre les changements climatiques, L’Europe pourrait sortir les négociations de Copenhague de l’ornière et emmener les autres pays industrialisés – Etats-Unis en tête – vers un futur où le seuil fatidique des deux degrés d’augmentation de température du globe ne soit pas dépassé.

Car l’enjeu est clair et les moyens d’y arriver sont connus. Il faut stopper la croissance des émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici 2015 avant de les faire décroître. C’est la seule voie, nous dit le Giec, pour limiter le réchauffement des températures en dessous de 2 ºC, seuil au-delà duquel la capacité à s’adapter de nos sociétés et des écosystèmes est fondamentalement remise en question.

Le monde attend de l’Europe qu’elle indique le chemin à suivre par des engagements fermes et non conditionnés à ceux des autres grands pays industrialisés. Car ce jeu où chacun s’observe et personne n’ose faire le premier pas a assez duré ! Si les causes des ouragans qui ravagent l’Asie du Sud-Est et les autres zones tropicales, des inondations qui, de manière récurrente, frappent diverses parties du monde et des sécheresses persistantes exceptionnelles que connaissent les régions subtropicales sont multiples et complexes, nul ne peut plus nier que ces événements constituent les signes avant-coureurs de catastrophes futures. Celles-ci ne cesseront de se multiplier en cas de réchauffement planétaire supérieur à 2 ºC : cette évidence est admise par la plupart des scientifiques du monde entier et est notamment reprise dans les rapports du Giec en 2007.

Par ailleurs, les Etats les plus industrialisés, dont l’Europe fait partie, ont le devoir d’assumer la responsabilité historique de leur modèle de développement basé principalement sur la consommation massive d’énergie fossile. Ainsi quand les leaders européens se rassembleront jeudi à Bruxelles, c’est ni plus ni moins la survie de populations entières fragilisées, de leur accès à l’eau et à la nourriture et le maintien de la biodiversité mondiale qui seront entre leurs mains. Le Conseil européen est-il prêt à assumer les tragiques conséquences de la faiblesse de son action ?

La population belge et les organisations représentatives de la société civile ont déjà fait entendre leur volonté d’éviter ce chaos climatique – notamment les dix mille personnes réunies sur la plage d’Ostende en août dernier pour le tournage du clip On danse pour le climat – et continueront de le faire d’ici au sommet de Copenhague. Cette mobilisation verra son apothéose le 5 décembre lors d’une manifestation sur le climat. Mais c’est maintenant aux décideurs politiques belges et européens de prendre leurs responsabilités.

Le sommet européen doit accoucher d’un accord qui non seulement reconnaît cette responsabilité, mais qui surtout en assume les conséquences. Pour ce faire, les chefs d’Etats doivent aller au-delà de leurs engagements de décembre dernier et s’engager à diminuer leurs émissions de 25 à 40 % en 2020 en accord avec les recommandations du Giec et ce, autant que possible à l’intérieur des frontières de l’Union.

Par ailleurs, sans un engagement financier ferme des pays industrialisés en faveur des pays en développement au nom de la dette historique environnementale, il n’y aura pas d’accord à Copenhague. Les pays industrialisés doivent mettre sur la table 115 milliards d’euros par an pour financer l’atténuation des émissions dans les pays non industrialisés, leur adaptation aux conséquences du réchauffement, la lutte contre la déforestation et les transferts technologiques nécessaires à la réalisation de ce défi. Pour l’Union européenne, ce montant est évalué à 35 milliards. Enfin, le Conseil européen doit réaffirmer sa volonté d’inscrire l’accord de Copenhague dans le cadre d’une transition économique juste vers une société « pauvre en carbone », qui assure aux travailleurs de la planète entière les conditions d’un travail et d’un revenu décents.

De l’avis de tous, en particulier des scientifiques du Giec, Copenhague est un moment crucial pour le futur de l’humanité, car les prochaines années doivent être marquées d’une rupture dans nos modes de fonctionnement afin d’éviter des dérives fatales pour les citoyens les plus fragiles de la planète et pour nos enfants et petits-enfants. Par ailleurs, diverses études économiques insistent sur l’intérêt d’agir maintenant au risque d’un coût bien plus élevé demain.

Nos leaders politiques n’ont d’autre choix, s’ils veulent être dignes de ce nom, que d’adopter en cette fin de semaine une approche volontariste pour faire de Copenhague une réussite.

(1) Luc Cortebeeck et Claude Rolin, président et secrétaire général, CSC ; Marc Dascotte, directeur général, OxfamMM ; Stefaan Declercq, secrétaire général, Oxfam-Solidarité ; Rudy De Leeuw et Anne Demelenne, président et secrétaire général FGTB ; Geoffroy De Schutter, directeur des programmes, WWF-Belgium ; Marc Fichers, secrétaire général, Nature et Progrès ; Michel Genet, directeur général, Greenpeace Belgium ; David Heller, président, Friends of the Earth ; Willy Ibens, directeur général Natuurpunt ; Thierry Jacques, président, MOC ; Denis Lambert, directeur général, Ligue des familles ; Jan Renders, président, ACW ; Christophe Schoune, secrétaire général, Fédération Inter-Environnement Wallonie ; Jan Turf, directeur politique, Bond Beter Leefmilieu ; Koen Van Bockstal, administrateur délégué, Oxfam-WW ; Bogdan Van Den Berghe, secrétaire général, 11.11.11 ; Arnaud Zacharie, secrétaire général, CNCD-11.11.11. Toutes organisations membres de la Coalition Climat.